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Publié par Paroisse

par Eric Emmanuel Schmitt

Vous valez bien plus qu'une multitude de moineaux ...

15ème jour de confinement : Un peu de philosophie

            Le confinement nous apprend que nous ne vivons pas par nous-mêmes, mais par les autres.

            Le confinement nous apprend que nous ne vivons pas pour nous-mêmes, mais pour les autres.

            Nous existons essentiellement dans l’échange. Pourtant, nous l’avions presque oublié. Tout exiger et tout recevoir d’autrui avait fini par nous sembler naturel. Attendre notre pain, notre courrier, l’électricité, l’eau, l’instruction, les soins médicaux, ces évènements s’étaient estompés sous les effets de l’habitude.

Cette soudaine crise souligne notre dépendance, mais montre aussi à quel point cette dépendance est précieuse, tenant du privilège. À l’hôpital, chez l’épicier et à l’école, le dévouement de nos contemporains nous apparait. Et nous frappe aussi leur patience, leur compétence… Ils nous démontrent que la vie a pour fonction de faire vivre les autres.

Je transforme donc ce retranchement forcé en recueillement. Je ne veux pas passer au travers du confinement, mais en tirer des leçons. Qu’il me permette de distinguer l’essentiel de l’accidentel ! Et qu’il me donne de la mémoire pour l’avenir, particulièrement sur un point que je tâcherai de ne jamais oublier : sans les autres, je ne suis rien.

14 novembre

14ème jour de confinement : Inventer des rituels

            – Dessine-moi un mouton, demandait le Petit Prince à l’aviateur.

            Aujourd’hui, je demande à ceux que j’aime :

            – Dessine-moi un rituel. Oui, dessine-moi une journée qui aurait une forme, une journée qui tiendrait debout.

            Avec ce temps suspendu et cet espace limité qu’impose le confinement, nous échappons aux repères habituels et devons donc restructurer nos jours. Donnons-nous des rendez-vous, avec nous-mêmes ou avec les autres. Attendons-les, ces moments, réjouissons-nous de leur approche, vivons-les puis sortons-en mélancoliques ou épuisés. Et le lendemain, recommençons.

            Mettons-y de l’art, c’est-à-dire de l’attention, de la constance, de la fantaisie et du désir. Colorons nos jours avec quelque chose qui nous appartient vraiment en propre, pas avec la grisaille extérieure qu’amènent les informations alarmistes. Fabriquons le poème de notre existence. Même si le poème reste modeste.

            Pour réussir le poème d’une journée, trois ingrédients principaux : l’action, l’affection, la réflexion. Dosez à votre convenance.

            Les rituels que vous tracerez alimenteront votre santé mentale et consolideront vos liens avec les autres. Prenez-vous au sérieux et prenez soin de vous.

13 novembre

13ème jour de confinement : Disparition de l’insouciance

Qu’elle est douce, l’insouciance ! Si discrète qu’on l’ignore, qu’on néglige sa présence, telle la lumière qu’on ne voit pas mais qui permet de voir. Si silencieuse qu’elle se confond avec l’allégresse du matin, la paix du soir, le nez en l’air, le baiser qu’on dépose sur une joue veloutée, la main qu’on serre, la joie de rejoindre ses amis, l’excitation d’aller au spectacle.

L’insouciance restait invisible ; elle a pourtant disparu. La pandémie l’a chassée. Nos impulsions ont perdu leur innocence, notre spontanéité se retient. Le danger rôde. Derrière le geste le plus aimant peut se glisser l’ombre de la mort.

Pour la majorité d’entre nous, il s’agit d’un deuil. Pour certains, rien de nouveau. Ils expérimentent depuis longtemps cette autre façon d’habiter le monde, avec prudence, car malades, handicapés, blessés, ils se savent fragiles.

Regardons les mieux ! Ils vivent pleinement. Je connais des êtres jeunes et vulnérables qui m’éclairent de leur force, je connais des êtres vieux et vacillants qui m’éblouissent par leur appétit, leur gourmandise, leur curiosité, leur gaité. Cette prise de conscience, ils l’ont eue jadis et, après un moment d’angoisse à n’en pas douter, ils en ont fait leur aliment.

La menace est leur sel, un exhausteur de goût. Ils ne sont pas déprimés mais intensément vivants d’être mortels.

Et ils ne fréquentent pas l’insouciance, plutôt le souci du bonheur. Avertis que tout relève de l’éphémère, ils savourent. Là où nous échouons, ils réussissent.

Imitons-les. Prenons exemple. On apprend davantage d’un faible heureux que d’un fort malheureux.

12 novembre

12ème jour : Haïr ou s’approfondir

Psychologues et psychiatres le répètent : le confinement peut provoquer des troubles psychiques. Chacun de nous est traversé de souffles étranges, bouffées d’angoisse, soupirs de pessimisme, oppression de l’ennui, sentiment d’enfermement, rage devant le vide. Tant que cela reste au niveau de bouffées, rien d’alarmant. Nous devons alors augmenter nos mécanismes de défense contre le déséquilibre. D’abord parler avec nos proches ou nos amis de ces instants, ne pas nous en sentir honteux ni fautifs, comprendre plutôt qu’ils appartiennent universellement au chemin. Ensuite, les repousser par une activité qui nous plaît : rêver, lire, dessiner, jouer, réfléchir, méditer, prier, faire de la musique, en écouter, raconter…

Une autre manière de fuir les émotions négatives consiste à désigner un bouc émissaire. Hélas ! Voilà un réflexe classique en cas de désarroi, mais cette réaction n’apaise pas. Loin de tranquilliser, elle envenime. Appeler le virus “chinois”, rendre les politiciens coupables, s’en prendre aux jeunes, cela concentre le malaise, mais ne le dissout pas. Au contraire… Certes, on demandera un jour des comptes à chacun, mais, pour l’heure, il est dangereux de gérer ainsi son stress.

La haine ne soigne pas ! Elle infecte… Nos médecins et nos infirmières qui affrontent une période dramatique ne cèdent pas à la détestation ; quoiqu’en colère parfois, ils se nourrissent d’altruisme pour avancer. Le soin carbure à la bienveillance, pas à la division, pas à la stigmatisation. Montons à leur hauteur. Quand nous vacillons, recourrons à nos ressources intérieures, ne cherchons pas aussitôt un coupable à l’extérieur.

Attention, ne vous méprenez pas : je ne dis pas cela dans un souci de justice, mais dans un souci de bien-être.

11 novembre

11ème jour : Docilité ou Participation

            On veut nous faire peur. Peut-être vaudrait-il mieux que nous ayons envie ?...

            Afin d’endiguer la pandémie, nos gouvernants ont évoqué une guerre sur un ton martial qui fait écho au passé et vise à la mobilisation. Classique… Sans l’effroi, estiment-ils, ils n’obtiendront pas notre obéissance ! Du coup, ils consolident la terreur du virus par les décomptes quotidiens, et développent la crainte des sanctions envers qui ne respecte pas le confinement.

            La docilité n’est pas mon fort, je l’avoue. Mon père, qui me parlait par ordres, n’obtenait rien de moi, tandis que ma mère avec sa gentillesse éclairée obtenait tout. Pour satisfaire ma raison et mon cœur, j’ai toujours eu besoin d’explications et de confiance, supportant mal qu’on me traite comme un objet imbécile.

            Aujourd’hui, ce qui m’arrive sous forme d’interdit, je m’oblige donc à le traduire. Je le mets dans une langue qui obtient mon accord. Par-là, de soumis, je deviens citoyen. J’active intérieurement ce que Rousseau appelait “le pacte social”. Voici quelques exemples. Limiter ma bulle sociale ? Me protéger et protéger les autres. M’affubler d’un masque ? Je n’infecte pas l’autre au cas où je transporte du virus et j’obtiens la réciproque. Me laver les mains ? Rien de neuf, pour ma part. Me déplacer le moins possible ? J’empêche le virus de voyager en clandestin. Me tenir à distance ? Je vous embrasserais plus tard, avec encore plus d’envie, j’ai inscrit ce désir très haut sur ma liste.

            J’apprécie ce consentement intérieur qui, de passif, me rend actif. Cette métamorphose renouvelle ma liberté.

Il reste néanmoins des points que je n’arrive pas à saisir : la fermeture de certains commerces, l’impossibilité de fréquenter une salle de spectacle où toutes les procédures d’hygiène sont respectées. Là, échec ! Je ne dois pas posséder le bon traducteur…

10 novembre

10ème jour de confinement : Quand l’agacement devient l’ennemi

Lors d’une guerre, l’adversaire a une identité manifeste. Ici, durant notre lutte contre le virus, l’adversaire est désigné, mais invisible, intangible, sournois, mutant. D’où notre peur de mal faire, notre angoisse de nous battre sans efficacité, nos doutes…

Cependant, avec le temps, comme au cours d’une guerre, l’ennemi prend d’autres formes : la lassitude, l’ennui. Autour de moi autant qu’en moi, je sens cela : nous en avons assez de ces privations d’espace, de liberté, d’affectivités, de rencontres. Nous en venons à remettre en question la validité des mesures — ce qui reste l’objet d’une discussion qui n’a pas eu lieu, à mes yeux —, tandis que nous les avions acceptées et observées précédemment.

Ce matin, je me remobilise ! Un peu de méthode… Je ne vais pas laisser entrer en moi les nouveaux ennemis, lassitude et fatigue. Je vais donc me donner l’illusion d’entamer le premier jour de confinement, pas le dixième.

9 novembre

 9ème jour de confinement : Redécouvrir le temps

            Changement de temps ?

Nous étions habitués au temps social, découpé par le labeur : ouverture et fermeture des bureaux, horaires des magasins, début et fin des écoles, pointes du trafic. Le travail et ses impératifs tranchaient nos jours et nos nuits. C’était un temps brut, précis, pesant, bétonné, contraignant, écrasant.

            Voici que le confinement entaille cette rigidité et que d’autres temporalités resurgissent, enfouies. Le temps de la nature, avec le lever et le coucher du soleil, avec les saisons qui jouent au peintre sur les feuilles et les paysages, avec le ciel qu’on observe enfin pour lui-même, gratuitement. Le temps de notre corps, sa capacité d’éveil, d’endormissement, ses besoins de mouvements ou de repos désormais commandés par lui seul, non par la société. Le temps de l’âme aussi, avec ses moments de replis sur soi ou d’ouverture à l’autre, ses hésitations, ses emballements, ses angoisses passagères et inévitables, son désir de rêverie, de musique, de lecture, de méditation, de prière, de tendresse…

            Finalement, mon espace est limité, ma liberté encore plus, mais ce que je cède en espace, peut-être suis-je en train de le conquérir en temps…

            Je ne perds pas mon temps, je gagne des temps.

8 novembre

8ème jour de confinement : Le retour de l’imprévisible

L’imprévisible est revenu dans nos vies. Le coronavirus qui se répand sur la planète nous ébranle et nous ôte l’illusion de tout maîtriser. Auparavant, nous vivions, nous, humains, avec un sentiment de domination exhaustive, rendue possible par les sciences, les techniques. L’homme régnait, asservissant le sol, le sous-sol, les fleuves, les plantes, les animaux.

J’avais déjà perçu cette chimère lors des fléaux récents, typhons, tempêtes et cyclones : elles ne nous apparaissaient pas seulement horribles, mais scandaleuses, attaquant la civilisation par surprise.

Quelle étrange inversion ! Nous restons des passagers, pas le capitaine. Nous appartenons à un tout ; le tout ne nous appartient pas.

Les catastrophes sont naturelles, c’est nous qui ne le sommes plus.

            Cette pandémie nous rappelle notre fragilité, nous ramène à notre condition, souligne notre essentielle vulnérabilité.

            De cette destitution, j’ai envie de tirer une pensée positive : montrons-nous solidaires, non parce que nous sommes forts, mais parce que nous sommes faibles.

7 novembre

7ème jour : aimable ?

           – Tu es plus gentil avec des inconnus qu’avec moi !

            Qui, parmi nous, n’a pas essuyé ce reproche ? Moi, tout cas, je l’ai reçu, et à chaque fois il me parut toujours injuste, suscité par une stupide jalousie. Quoi ? Me penser plus chaleureux avec eux qu’avec toi, que j’adore, avec qui j’ai décidé de vivre !

Pourtant, l’expérience le révèle, il y a une ombre de vérité dans ce dépit. À force de nous côtoyer, de partager un quotidien rempli d’obligations répétitives, souvent peu palpitantes, nous nous comportons en automates, nous sombrons dans les habitudes et leur grisaille, nous devenons moins vifs, moins attentifs, moins surpris, moins souriants. Nos intimes finissent par en faire les frais, alors que nous les avons choisis — sauf les enfants que nous ne choisissons pas, mais que nous choisissons néanmoins d’accueillir.

Le confinement m’arrache à cette mauvaise pente. Mes proches constituent le monde entier. Je leur offre tout mon temps, tout mon souci, toute ma conversation, tous mes rires. C’est bon, je ne le regrette pas.

Rassurez-vous, je ne me montrerai pas moins affable à l’issue de cette retraite. Je demeurerai aimable en général, mais très aimant en particulier.

6 novembre

6ème jour : Le confinement philosophique

Le confinement libère des angoisses, des peurs : on craint pour sa santé, celle des proches, on s’interroge sur le sens de sa vie, on redoute de ne plus pouvoir assurer sa subsistance, on dresse un bilan de ses forces et de ses fragilités. C’est pénible, mais c’est peut-être aussi utile. Profitons-en pour transformer cette épreuve en expérience philosophique.

Mon penseur préféré, Blaise Pascal, disait que « “tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre”. Sortir nous occupe et nous enrichit, car la rencontre du monde, de la nature, des gens nous fournit une nourriture fondamentale. Cependant cela nous détourne aussi d’autres aventures, plus intérieures, cela nous empêche peut-être de cerner nos gouffres, puis de trouver un pont pour les surmonter.

Profitons de cette obligation pour nous passer au crible. Quelle valeur importe ? Laquelle n’importe pas ? En quoi consiste mon intervention sur terre ? Que puis-je apporter à autrui ? Que puis-je en attendre ? Utilisons cet épisode à distinguer l’essentiel de l’accidentel.

Il y a quelque chose à gagner dans ce confinement forcé si l’on ose s’affronter à soi-même. Cela peut passer par de la colère, de la douleur, de la sidération, de l’effroi, mais l’on se porte toujours mieux de voir plus clair.

Moi qui n’aime rien tant que la lumière, dans l’obscurité de ma chambre, je fais des exercices de clarté.

5 novembre 2020

5ème jour de confinement : Le social et l’intime

Normalement l’espace est séparé : il y a le lieu où nous travaillons, le lieu où nous vivons. L’extérieur et l’intérieur. Chacun n’existe que par l’autre.

Normalement le temps est séparé : il y a le temps qui appartient à notre travail, le temps qui nous appartient. Le social et l’intime. Chacun n’existe que par l’autre.

Or le confinement efface ces limites. Notre appartement devient notre bureau, les soucis domestiques, familiaux, amoureux heurtent les exigences professionnelles.

Nous devons retracer des frontières, sauvegarder la sphère privée. La société, tout en voulant nous protéger, s’introduit chez nous et s’y installe. Non seulement elle nous y enferme, mais elle s’y enferme avec nous pour nous diriger.

Ne soyons pas dupes ! Résistons à l’envahissement. Nos chambres doivent rester un territoire de rêverie, de sexe et d’amour, notre salon un champ de lectures, d’écoutes, et de distractions. Ne laissons pas entrer le virus chez nous, mais ne laissons pas non plus y entrer la société marchande, capitalistique, dévoreuse, obsédée par la performance.

Préservons l’inutile, le splendide inutile.

4 novembre 2020

4ème jour de confinement : Se taire avec les gens qu’on aime

Bien sûr, il y a le téléphone. Bien sûr, il y a le tête-à-tête en vidéo. Bien sûr, je reçois la voix et l’image grâce aux techniques qui assurent un contact à distance. Fort heureusement, je ne suis pas, tel un homme du XVIIIe siècle, condamné à écrire une lettre que la poste à cheval acheminera en une semaine, et dont la réponse m’arrivera une semaine plus tard. Je profite de la communication instantanée.

Mais le son et l’écran ne m’offrent pas mon interlocuteur tout entier, ils le réduisent à un ersatz bidimensionnel et métallique. Un corps est bien davantage qu’une image. La vidéo nous prive de la présence, de la chair, de sa chaleur, de ses vibrations.

Durant ce confinement, ce que me manque, ce n’est pas de parler, mais de me taire avec quelqu’un que j’aime. Laisser palpiter l’émotion entre nous. Permettre aux derniers mots d’occuper pleinement le silence. Partager le moment sans discourir. Toucher une main, une joue. Respirer le même air. Entendre battre nos cœurs dans ce lieu sur la Terre.

Avec mes proches, je le goûte, ce miracle précieux de la rencontre. Et je le goûterai encore mieux, avec le souvenir du manque et la volupté de l’instant, quand le cercle des proches s’élargira de nouveau.

3 novembre 2020

3ème jour de confinement

Avec le lundi, j’avais le vague espoir de retrouver du mouvement, des échanges, des appels, des demandes, des conversations. Oui, j’étais comme un chien qui, depuis la fenêtre, guette le retour de sa famille.

Hélas, tout ralentit. Le téléphone ne crépite pas, les mails circulent à une vitesse de pigeon voyageur, l’urgence souffre de rhumatismes. Nous devons tous prendre tant de précautions pour chacun de nos actes que nous en faisons moins et qu’ils nous fatiguent davantage.

Conclusion ? J’avais tort d’attendre. Attendre, c’était nier ce à quoi le confinement nous oblige : nous limiter.

Il faut que j’apprenne à ne pas épier le retour à la normale, mais à éprouver une autre normalité. Trouver une plénitude dans le vide. Si l’intelligence est la faculté de s’adapter, voilà une tâche pour mon intelligence…

2 novembre 2020

2ème jour de confinement : Le grand Bonheur est fait de petits bonheurs

Mon dimanche normalement retentit d’éclats - voix, rires, portes qui claquent, chiens qui courent, fumets de la cuisine, idées de jeux, discussions pour choisir un film qui durent plus que lui. Ces éclats se sont tus. Nous ne recevrons personne, nous ne rejoindrons personne. Ce dimanche aura une immobilité qu’il faut apprivoiser.

Le confinement me semble un sel qui exhausse le goût de notre existence. Avec le recul auquel il m’oblige, je l’apprécie, cette vie que j’ai provisoirement perdue et que je retrouverai, j’aime les petits riens dont elle est faite qui finissent par constituer un tout.

Certes, la nostalgie me prend parfois à la gorge… alors j’essaie de m’en accommoder et je lui dis : « Merci la nostalgie qui donne le prix des choses. Merci de nous éclairer, d’opérer le tri entre ce qui compte et ce qui ne compte pas. Tu nous offres la lucidité. »

La lucidité s’avère un peu cruelle aujourd’hui ; elle deviendra épanouissement quand je retrouverai mon quotidien. Elle m’épanouit même à l’avance : j’ai rendez-vous.

1er novembre 2020

1er jour de confinement : L’inspiration de la nature

Premier jour de notre confinement. La nature ne semble pas l’avoir compris, elle demeure sereine, évoluant à son rythme, lumineuse, paisible, détachée des agitations humaines. Au milieu d’un azur immaculé, le soleil brille et ses feux se poursuivent sur les feuilles rouges, oranges et jaunes. La douceur de l’air révèle un automne nonchalant, berceur, qui musarde, qui s’attarde, pas encore décidé à devenir hiver.

J’y puise la force d’entreprendre le confinement. Chez les humains, il y a beaucoup de souffrances : souffrance des malades, souffrance des soignants, souffrance de ceux qui s’inquiètent, souffrance de ceux qui cessent leur activité, souffrance de nous tous qui nous enfermons en réduisant nos contacts. Mais la nature aujourd’hui offre son exemple : elle accepte sereinement de mourir chaque automne pour renaître au printemps. Donc, puisque moi aussi je vais être malheureux, je vais tenter d’être sereinement malheureux.

30 octobre 2020

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